ALLAIS (M.)


ALLAIS (M.)
ALLAIS (M.)

ALLAIS MAURICE (1911- )

Né le 31 mai 1911 dans une modeste famille de crémiers parisiens, rien ne destinait Maurice Allais à devenir le brillant théoricien récompensé par le prix Nobel d’économie en 1988. Major de sa promotion à l’École polytechnique (1931-1933), ingénieur de l’École des mines de Paris (1933-1936), officier de la Légion d’honneur en 1977, il devait recevoir, après cette distinction suprême, la médaille d’or du C.N.R.S. en 1979 pour «ses travaux de pionnier sur la théorie des marchés et l’utilisation efficace des ressources».

Dès 1943, Maurice Allais publie À la recherche d’une discipline économique (devenu Traité d’économie pure en 1952), un ouvrage de synthèse de la théorie microéconomique, dans une perspective néo-classique de plus ou moins stricte observance.

Disciple de Léon Walras et de Vilfredo Pareto, Maurice Allais donne une place nouvelle à l’analyse mathématique dans l’étude de l’équilibre de l’économie et l’applique à tous les problèmes de choix individuels, de décision de l’entreprise, de formation des prix et d’optimum. C’est aussi la défense du capitalisme libéral traduite par la démonstration du théorème du rendement social: «Toute économie quelle qu’elle soit, collectiviste ou de propriété privée, doit s’organiser sur une base décentralisée et concurrentielle.»

Très vite, Maurice Allais fait école. À la fin des années 1940, il réunit dans un séminaire informel des étudiants de milieux divers, mais tous intéressés par les mathématiques appliquées à l’économie. Ces réunions attireront de plus en plus d’élèves et susciteront des vocations reconnues par la suite: Gérard Debreu (prix Nobel d’économie en 1983), Marcel Boiteux (président d’E.D.F. de 1979 à 1987), Edmond Malinvaud (professeur au Collège de France et directeur de l’I.N.S.E.E.), Thierry de Montbrial (directeur de l’Institut français des relations internationales). Le «séminaire d’Allais» a non seulement influencé la pensée économique des trente dernières années, mais a surtout contribué à lui faire rattraper son retard sur les écoles anglo-saxonnes.

Dans la tradition des «ingénieurs-économistes» français (Arsène Dupuit, Jacques Lesourne, Lionel Stoléru, Jacques Attali...), Maurice Allais joint à une élaboration théorique de haut niveau des responsabilités administratives de premier plan. Il travaillera pour le Bureau de documentation minière (1943-1948), dirigera l’Institut de recherche économique et sociale des mines (1953), puis, à partir de 1970, le centre Clément-Juglar d’analyse monétaire à l’université de Paris-X. Ces responsabilités successives expliquent qu’il ait combiné, plus que d’autres, l’analyse microéconomique des choix et l’analyse macroéconomique des équilibres globaux.

Maurice Allais s’intéresse également à la théorie du capital et tente de réconcilier deux explications antinomiques du taux d’intérêt.

– La première, d’inspiration classique, considérait que le taux d’intérêt était un prix d’équilibre automatique entre l’offre de fonds prêtables (l’épargne) et la demande de fonds à emprunter (l’investissement). L’épargne et l’investissement devaient s’équilibrer par l’effet des modifications du taux d’intérêt, comme cela se passe pour n’importe quelle autre marchandise.

– La seconde, d’inspiration keynésienne, considérait que le taux d’intérêt était déterminé, comme tout autre prix, par l’offre de monnaie en circulation (décidée par les autorités monétaires) et la demande de monnaie désirée par les agents économiques (la préférence pour la liquidité).

Allais fera la synthèse de ces deux approches dans Économie et intérêt (1977) et devancera Solow et Samuelson dans le cadre de leurs recherches sur les fluctuations économiques et la dynamique macroéconomique. L’affirmation d’Allais selon laquelle le taux d’intérêt le plus favorable à l’investissement est celui qui se rapproche le plus du taux de croissance de l’économie a retrouvé toute son actualité ces dernières années, en période de croissance ralentie. En revanche, sa théorie de la création monétaire bancaire, prolongement de la «théorie quantitative» et d’inspiration assez proche de l’école de Chicago et de Milton Friedman, n’a pas vraiment convaincu. L’ouvrage publié en 1977, L’Impôt sur le capital et la réforme monétaire , parut pousser la démarche à l’extrême et fit dire à certains que l’exactitude des équations ne pouvait pas toujours avoir raison contre les faits.

En 1952, Maurice Allais organise à Paris un colloque du C.N.R.S. qui ouvrira un champ de la recherche jusque-là inexploré: le choix des individus face aux risques. Maurice Allais montre que le choix rationnel n’est pas forcément celui qui offre la plus forte probabilité de gain, mais que ce choix doit aussi tenir compte des réactions des autres agents économiques. Ce sera le point de départ d’une polémique durable avec l’économiste américain Arrow, qui modélisait l’incertitude selon le principe de l’«utilité espérée». Ce qu’on appellera le «paradoxe d’Allais» n’est en fait que la démonstration de la fragilité des hypothèses qui sous-tendent cette approche et peut se résumer par cette formule: «Moins le risque est grand et plus on le fuit.»

Au-delà de la polémique, beaucoup pensent que Maurice Allais a proposé une construction qui pourrait remplacer la «théorie des choix risqués», d’autant que, depuis les années 1960, la science économique cherche à introduire les risques et les aléas à tous les niveaux de décisions concrètes (choix financiers, assurances, investissements, fluctuations conjoncturelles, etc.).

Maître théoricien libéral, personnalité indépendante passionnée de recherche, Maurice Allais eut aussi des qualités de visionnaire. Dans une brochure intitulée Les Conditions monétaires d’une économie de marché , il comparait, dès le printemps de 1987, la situation de la Grande Dépression à la nôtre. La spéculation excessive sur les monnaies et les actions, le financement du long terme par des dépôts à court terme et l’importance de l’endettement international lui faisaient craindre la répétition de ce qu’il avait vu aux États-Unis en 1933, date à laquelle il décidait d’ailleurs de devenir économiste. Six mois avant le krach boursier d’octobre, il annonçait ce que beaucoup refusaient de voir.

Les années qui suivent voient Allais multiplier les publications, alternant ouvrages théoriques et prises de position non conformistes à l’occasion de débats qui engagent l’avenir de ses concitoyens. Avec une vigueur remarquée, il met sa notoriété de premier prix Nobel français d’économie (Debreu avait pris la nationalité américaine) au service de véritables croisades: contre l’idéologie libre-échangiste qui, selon lui, conditionne l’approche des questions commerciales internationales; contre les «erreurs et impasses» de la construction européenne, surtout, dont, à l’occasion de la ratification du traité de Maastricht, il n’a de cesse de dénoncer le déficit démocratique, l’irréalisme ou la précipitatiion des choix (monnaie unique) et l’absence de considération des véritables intérêts communutaires.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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